A voir, à faire, à connaître....

Batay coqs

Voilà une pratique ancestrale bien installée sur l’île. D’où vient cet engouement pour les  gallodromes, comment s’organisent l'élevage des coqs et les combats proposés aux aficionados.

Tout d’abord, il faut savoir que les combats de coqs ne sont autorisés en France que dans le Nord Pas de Calais et les DOM TOM où l’on trouve de nombreux passionnés. Actuellement aucune autorisation n’existe dans les autres pays européens. De nombreuses campagnes menées par les défenseurs des animaux au nom de la lutte pour le bien être de l’animal en demandent l’interdiction comme pour les corridas. En 2015, deux députées LR et PS s’étaient unies pour proposer un texte interdisant cette pratique. Cette même année, le Conseil Constitutionnel fut amené à se prononcer sur la création d’un sixième gallodrome reconnu à La Réunion. Sur l'île, il y a cinq gallodromes dotés d'une autorisation préfectorale et homologués coutume et tradition, les autres, et ils sont nombreux, sont « tolérés » « hors la loi » on ne sait pas trop. C’est dire si le sujet est sensible.

Dès l’antiquité déjà, on retrouve en Orient, au Cambodge et en Inde, des élevages de coqs nourris pour la bataille. Le coq pour la marmite viendra après. Ce  « sport » arrive en Grèce au Vème siècle avant JC, Les Romains le popularisent dans tout leur empire. Il devient sport national en Angleterre au XVIème siècle et fait ensuite son apparition en Espagne qui va l’introduire dans le nouveau monde.

Pour l’arrivée à La Réunion on trouve deux explications. La première, ce sont les premiers marins de l’Océan Indien qui s’ennuient à terre et se battent entre eux. Ils organisent alors des combats de coqs pour se divertir. La deuxième, ce sont les Indiens qui au  XIXème siècle ramènent les coqs après l’abolition de l’esclavage. Bref aujourd’hui sur l’île, les combats sont autorisés depuis 2008, c’est devenu un sport national aussi populaire que la corrida dans le sud de la France mais c’est surtout un  gros jeu d’argent loin devant les dominos. Les sommes pariées autour des ronds peuvent être très importantes. Il faut savoir que Le Réunionnais est très joueur.

 

Très haut sur pattes, le coq de combat est entraîné pendant un à deux ans avant de livrer son premier combat. La sélection est redoutable et donne lieu à un commerce important. Comme un yearling,  un jeune coq très prometteur (une future pépite pour être à la mode) peut être vendu très cher. Il fera alors le bonheur des petits élevages (petits cageots) ou des gros cageots.  Il s’agit en général de « kok l’espes », coqs de l’Inde. Un bon coq est le fruit d’un croisement entre un reproducteur de race « Java » avec la soeur d’un combattant réputé.  Toute l’année le propriétaire se lève aux aurores pour le nourrir,  le soir il le bichonne encore son  athlète qu’il a isolé dans son cageot.  Il le nourrit de maïs, de zerbes, oignons, cresson, zambrevat, et peut être même de zamal…  Une fois repéré et sélectionné par son propriétaire, on va passer aux combats par étapes de manière progressive. Le premier « galop » commence vers onze ou douze mois. On  fera quatre ou cinq galops d’un quart d’heure à une heure à raison d’un par mois en moyenne. Soit le coq est bon soit il passera à la marmite. Une fois sélectionnés, les coqs de combat sont vaccinés, bien préparés et suivent un entraînement rigoureux. On lance l’animal en l’air pour muscler ses ailes, on le fait dormir sur un perchoir pour muscler ses cuisses mais surtout on le masse au rhum. On coif le kok, les plumes du cou et de la tête sont coupées On durcit ainsi les parties exposées aux coups en les baignant d’eau vinaigrée pour que la peau s’épaississe. Pour aider le destin on leur donne aussi des « vitamines » On raconte que certains petits malins enduisaient les ergots de leur combattant de « vitriol » une préparation qui entraînait de vives douleurs pour l’adversaire qui refusait alors d’en découdre. D’autres auraient à une certaine époque enduit les plumes de leur protégé de graisse de papangue pour faire fuir l’adversaire qui a reconnu l’odeur du rapace.

   

Avant l'affrontement, les animaux sont  enfermés dans des cages grillagées les uns en face des autres pour stimuler leur animosité. Le combat s’organise comme un combat de boxe en fonction du poids : le « ti kok » pèsera moins de 3 kg le « kok si lèv » de 3 à 3,5 kg et le « poi lourd » pèsera plus de 3,5 kg. Les deux propriétaires déposent les coqs face à face pour le moment de la provocation, ils se mettent d’accord. On passe alors à la pesée, c'est qu' il faut tirer dans la même catégorie si l’écart de poids est trop important le combat est refusé, ensuite on fait larzan (on détermine la mise). Les paris en liquide sont confiés au gérant du gallodrome. Une partie se divise en plusieurs rounds . A la fin de chaque round, les propriétaires s’occupent de leur animal, les rafraichissent et les font souffler. L’ambiance peut être assez tendue en fonction des sommes jouées par les propriétaires et les spectateurs. Au bout de deux heures si aucun coq ne recule l’arbitre déclare le match nul. Est vaincu un coq qui refuse le combat et cherche à se sauver ou un animal blessé retiré par son jockey. Il n’est pas question de mise à mort.

Terminator, Goliath et Jack le Borgne furent reconnus comme de grands champions de la race.

    

Il y a beaucoup de respect entre le propriétaire et son coq : on ne coupera jamais un coq batay qui a gagné un combat. Il servira d’abord à la reproduction et finira sa vie avec les poules au poulailler.

 

Bataye kok ?
Na poin pou dir, sa lé dann san.

Dèk moin la tenu dbout,
dèk moin la komans konprann,
dizon, depui le tan moin té tann.
Mon papa té okup le ron,
moin la grandi dann Gallodrome.


 

Les combats de coqs ?

Il n'y a rien à dire, c'est dans le sang.

Dès que j'ai su me tenir debout,

sitôt que j'ai commencé à comprendre,

je dirais, depuis le temps où j'étais petit.

Mon père avait un ''rond'',

j'ai grandi dans un Gallodrome.

Batay coqs

une histoire de crètes....